état d'esprit des français en février 1944

5/5/2016

REACTIONS DE LOPINION DEVANT LES PROBLEMES DE LHEURE

a) Le terrorisme et sa répression

Le terrorisme, hier encore, naffectait quune portion restreinte du pays. Désormais il est partout, faisant, ici et là, diversement sentir le poids de sa présence.

Dans sa grande majorité, la population réprouve les attentats terroristes et souhaite le retour à lordre :

« La vigoureuse répression entreprise par les forces du Maintien de lOrdre a vivement frappé les esprits. La très grande majorité de la population, quelles que soient ses tendances, enregistre avec une satisfaction évidente la diminution du nombre des attentats, souhaite une épuration rapide et le retour à une situation saine » constate le Préfet Régional de Clermont-Ferrand.

Et dans le même sens, le Préfet de lIsère note « un dégoût certain et croissant des attentats terroristes qui sen prennent aux biens comme aux personnes et dont lopinion souhaite une répression vigoureuse ».

« De plus en plus, écrit encore le Préfet Régional de Toulouse, on déplore les attentats criminels et lon souhaite que le Gouvernement puisse y mettre un terme ».

Mais lopinion établit généralement une distinction bien nette entre les auteurs dactes de banditisme, pour qui elle na que réprobation et sévérité, et les réfractaires ou « résistants » dont lactivité lui apparaît purement politique. A ces derniers vont toutes ses sympathies, à tout le moins son indulgence, doù le caractère plus nuancé de la majorité des jugements portés sur laction répressive entreprise par le Gouvernement. Citons notamment :

« Les opérations de Haute-Savoie[2] sont diversement commentées. Pour les uns elles sont salutaires ; dautres, non moins nombreux, désapprouvent les autorités françaises de venir en aide à lAllemagne en combattant des Français ». (Jura) 

« Les actes de terrorisme sont réprouvés par la majorité de la population, cependant lopinion publique manifeste une certaine désapprobation des mesures prises pour y mettre fin. Lopération de police effectuée en Haute-Savoie a suscité de nombreux commentaires parfois défavorables. Certains pensent, en effet, que de telles opérations ne peuvent quengendrer la haine entre Français. (Isère) 

« Dans sa majorité, la population estime que, seules, des méthodes énergiques peuvent venir à bout des exploits des fauteurs de troubles. Mais il reste encore des personnes, principalement parmi la classe ouvrière, qui accordent, sinon de la sympathie, du moins des excuses aux agissements des terroristes. (Puy de Dôme) 

« La lutte contre le terrorisme est généralement approuvée dans les modalités actuelles ; cependant, la création des cours martiales reste contestée ». (Indre et Loire)

« La population a paru suivre avec intérêt les opérations entreprises en Haute-Savoie. On a remarqué, avec un certain soulagement, que les dispositions prises navaient entraîné quune faible effusion de sang ». (Seine) 

Enfin, plusieurs Préfets notent une certaine réprobation à légard des opérations entreprises par les forces du Maintien de lOrdre. Le Préfet de lAllier constate que « les opérations entreprises par le Secrétaire Général au Maintien de lOrdre sont accueillies avec réserve ». Et cest encore le Préfet des Pyrénées-Orientales qui écrit : « Les opérations de police dirigées contre les réfractaires de la Haute-Savoie font lobjet de beaucoup de réticences et de critiques. Il serait bon que la presse et la radio donnent à la population de nouveaux apaisements sur la discrimination que le Gouvernement entend faire entre les simples réfractaires et les assassins. La participation de la Milice aux opérations en Haute-Savoie est vivement discutée. Lopinion admet que les forces de police soient chargées de ces expéditions ; elle comprend mal que des Français soient volontairement engagés dans une lutte contre dautres Français ».

LAin a été le théâtre dopérations menées par les troupes doccupation[3]. « Les mesures répressives effectuées dans le département par les troupes doccupation, écrit à ce sujet le Préfet de ce département, ont plongé la population dans leffroi ».

 

b) S.T.O.

Lhostilité au S.T.O. est générale. Toute mesure de recensement ou de réquisition de main-dœuvre est accueillie avec méfiance et mauvaise humeur par la population, qui y voit moins une recherche véritable de main-dœuvre quune intention délibérée de procéder à de vastes opérations de déportation.

Le recensement de la classe 1944 est considéré comme une mesure préliminaire à de nouveaux départs pour lAllemagne.

Le fonctionnement des commissions de peignage[4] promet des départs qui ne seront plus décidés en considération de lâge, et donc, choquent le sentiment de léquité si profondément caractéristique de la mentalité française.

Enfin, la loi récente sur lorganisation du travail, dans la mesure surtout où elle affecte la main-dœuvre féminine, a vivement ému lopinion. Ouvrons les rapports :

« La nouvelle législation relative à lutilisation de la main-dœuvre masculine, et surtout féminine, a provoqué une émotion profonde, que le recensement de la classe 1944 et lappel aux Chantiers de Jeunesse[5] nont fait quaccroître ». (Puy de Dôme) 

« La loi du 1er février 1944[6] est commentée avec la plus vive inquiétude dans tous les milieux. Dores et déjà, il apparaît hors de doute que son application se heurtera à des difficultés considérables ». (Limoges) 

Dans le même sens : Cf. Montpellier, Meurthe-et-Moselle, Jura, Maine-et-Loire, Aude, Saint-Quentin, Aube, etc

 

c) Évacuation des côtes - Les récentes décisions des autorités doccupation ont donné à cette question une ampleur considérable et une acuité telle que la vie de régions entières en est paralysée et que tout autre problème, toute autre préoccupation sy trouvent momentanément relégués au second plan.

Les populations atteintes sont plongées dans la consternation et le désarroi car chacun préfère, à labandon de son foyer, le risque de bombardements et déventuelles opérations de débarquement. Aussi, les départs volontaires sont-ils relativement peu nombreux.

Linstitution du régime de la zone occupée dans les départements méditerranéens a fait naître la crainte dune mainmise plus étroite des autorités doccupation sur leur activité.

 

d) Ravitaillement et coût de la vie

De nombreux rapports notent certaine résignation du public devant les difficultés du ravitaillement. Toutefois, laggravation de la situation au cours du mois de février, notamment en ce qui concerne lapprovisionnement en viande en produits laitiers et en matières grasses, a souvent provoqué des commentaires malveillants, tant à légard du Gouvernement que des troupes dopérations : « Comme toujours, les difficultés du ravitaillement indisposent les Français et les troupes doccupation » écrit le Préfet de la Vienne.

Laugmentation croissante du coût de la vie, étroitement liée à la question du ravitaillement, préoccupe vivement les couches de la population à revenus modestes et créé un malaise dont il serait dangereux de sous-estimer limportance.

 

ÉTAT DESPRIT DES DIVERSES PARTIES DE LA POPULATION

Les rapports ne signalent pas, en général, de changements notables dans la mentalité des diverses couches sociales.

 

Classe ouvrière

La question des salaires na pas reçu la solution densemble que réclament la quasi unanimité des Préfets, et qui permettrait de faire face à la montée croissante du coût de la vie donc dassurer de façon plus satisfaisante le ravitaillement des familles ouvrières. La situation ainsi créée ne laisse pas dêtre inquiétante. Jetant à nouveau le cri dalarme, le Préfet Régional de Limoges la résume ainsi :

« La classe ouvrière, sourdement travaillée par la propagande communiste, demeure hostile à la politique gouvernementale dont elle prétend seule faire les frais. La question des salaires, qui est primordiale à ses yeux et na pas encore reçu de solution satisfaisante risque, si ses espoirs sont déçus, damener sous limpulsion de meneurs encore dans lombre, des réactions brutales. Chez elle, lopinion est à lheure actuelle infiniment sensible ».

 

Paysans

La pénurie de main-dœuvre et de chevaux va saggravant et pose au monde agricole des problèmes préoccupants.

La situation des agriculteurs des zone évacuées est particulièrement digne dintérêt.

Dans lensemble, cependant, le paysan reste, dans la conjoncture présente, privilégié, et trop souvent « uniquement préoccupé de gagner de largent et de se soustraire aux impositions ».

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Comments

Sana, le 18-07-2016 à 16:00:21 :

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